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lundi 9 juillet 2012

Faits et fantasmes sur le paiement mobile

Le paiement mobile est présenté depuis plusieurs années comme le moyen de paiement de demain, mais reste encore très peu utilisé en France, Kwixo ayant récemment fêté son premier anniversaire avec 240 000 utilisateurs seulement. Comme toutes les technologies "de demain", le m-payment nourrit donc de nombreux fantasmes et rumeurs. Petit décryptage.

Le mobile est le moyen de paiement de demain
Un article grand public sur deux au sujet du paiement mobile mentionne dans la première phrase qu'il s'agit du moyen de paiement "de demain". Cela n'a plus vraiment de sens : le paiement mobile est depuis quelques années déjà une réalité. Ce moyen de paiement d'aujourd'hui sera-t-il demain le paiement du passé ou plus fort que jamais ? Les indicateurs semblent assez positifs pour son décollage, mais une analyse des principales études de marché réalisées sur le sujet par Gartner, Juniper et IEMR révèle que chaque année tous les cabinets revoient à la baisse leurs prévisions à 5 ans : le décollage du m-payment se fait vraiment attendre.

Google, Apple, PayPal & co vont rafler toute la mise
La plupart des enquêtes et études de marchés réalisées sur le sujet nous conforte dans l'idée que la solution qui dominera le paiement mobile dans quelques années, quand les services et le marché seront un peu plus matures, n'existe pas encore. Par conséquent, Google Wallet n'est pas parmi les favoris pour l'emporter, du moins dans sa version actuelle. PayPal Here n'est qu'une solution transitoire permettant d'étendre un peu le champ d'action des cartes bancaires. Le Passbook d'Apple ne permet pas encore le paiement, et une éventuelle prochaine solution d'Apple n'est en aucun cas garantie d'un succès fulgurant, malgré des avantages certains.
La solution qui emportera le marché devra regrouper une facilité d'utilisation supérieure à la carte bancaire ou des avantages significatifs, une marque et des services inspirant confiance en termes de sécurité, un réseau de distribution efficace ou un effet viral implacable, des conditions avantageuses pour les commerçant et un bon timing. En théorie, n'importe quel acteur répondant à ces conditions pourra s'imposer, éventuellement en s'entourant des partenaires adéquats. En pratique, personne n'a encore trouvé la bonne alchimie.
Parmi tous ces acteurs, un groupe fait face à des enjeux bien plus importants : les opérateurs de cartes bancaires. Les Visa, Mastercard et autres American Express mettent en effet en danger leur survie même s'ils manquent un tournant du marché des moyens de paiement. Cependant, ils semblent pour l'instant s'être adaptés, et font même partie de bon nombre d'initiatives, grâce à leur réseau sécurisé pour les transactions. Des technologies telles que le PayPass de Mastercard remportent d'ailleurs un réel succès, même si peu appliquées au mobile pour le moment.

En 2020, le mobile sera plus utilisé que la carte bancaire
C'est ce qui est ressorti d'un récent sondage auprès de cadres des secteurs bancaires et mobiles. Même si cette perspective n'est pas exclue, il faut savoir relativiser. Il y a 8 ans, il était déjà possible de payer son billet de bus avec son mobile à San Francisco. Durant les 8 prochaines années, le paiement mobile pourrait se développer aussi lentement qu'il l'a fait depuis 2004, sans compter que la réception assez mitigée des solutions actuelles pourrait finir par refroidir les prétendants au paiement mobile.
Mais 2020, c'est également très loin : d'ici-là, une solution de paiement nouvelle pourrait apparaître et s'imposer devant le paiement mobile : de nombreux acteurs majeurs de leur secteur ont déjà été dépassés par de nouvelles solutions proposées par des entreprises qui n'existaient pas 8 ans auparavant. Mastercard a d'ailleurs utilisé récemment des bracelets rechargeable pour le paiement, pourquoi les puces NFC ne pourraient-elles pas être intégrées dans nos montres d'ici quelques années ?

La France est à la traîne dans le paiement mobile
Ce n'est pas un fantasme, très peu de solutions de paiement mobile existent en France, et le marché ne semble pas aussi prêt que ceux d'autres pays développés, tels que les États-Unis, le Royaume Uni ou le Japon.
La comparaison s'arrête ici, puisque comparer le développement du m-payment en France avec celui au Kenya ou en Malaysie n'a pas vraiment de sens, étant donné que le paiement mobile dans les pays émergents répond à des enjeux complétements différents : il y est une alternative au système bancaire, dans des pays sous-bancarisés mais suréquipés en téléphones mobiles.


Peu de réponses franches existent donc concernant le développement futur du paiement mobile : les prévisions pour le marché mondial varient du simple au double selon les cabinets, et l'extrême complexité des régulations des secteurs de la banque et des télécommunications, ainsi que leur variabilité d'un pays à l'autre, font qu'une vision globale du développement du m-payment est très difficile à obtenir. Même au niveau local, l'évolution des marchés dépendra en grande partie des acteurs présent et de leur perception de leur rôle : lancer une solution de paiement mobile à grand renfort de publicité n'est pas suffisant pour qu'elle marche, et tenter de freiner l'émergence de solutions est à l'inverse totalement dérisoire. Une seule solution existe donc pour les acteurs : lancer le plus rapidement possible une solution ambitieuse, qui fait cruellement défaut au marché français, même si pour l'instant la plupart des acteurs au niveau mondial pêchent par excès de confiance ou de prudence.
Entre mode et tendance de fond, la plupart des analystes ont tranché en faveur d'un changement durable des modes de paiement. Cependant, si le paiement mobile ne décolle pas rapidement, il est probable que les utilisateurs ou les acteurs en deviendront lassés avant même son fonctionnement effectif.

jeudi 26 avril 2012

Sur le web, personne ne vous entend crier

Il y a 10 ans, quand Jean-Marie Le Pen est parvenu au second tour de l’élection présidentielle, les français ont fait entendre leur voix en descendant dans la rue. Aujourd’hui, confrontés à de nombreux enjeux tous aussi capitaux, nous restons inaudibles. Comment cela est-il possible malgré la multitude de moyens d’expression mis à notre disposition ?

L’information est maintenant partout, et occupe les moindres interstices de notre vie quotidienne à l'instar l’air que l’on respire, à tel point qu’elle en devient soumise aux mêmes lois physiques, à savoir un mouvement brownien permanent. Ainsi, les particules politiques, médiatiques ou simplement citoyennes se mettent en marche sans raison, créant une polémique chaque jour nouvelle, relayée par l’arsenal de médias, réseaux sociaux et espaces d’expressions dont nous disposons aujourd’hui. L’époque où un groupe parlementaire déposait une motion de censure pour se faire entendre n’est pourtant pas si lointaine. Aujourd’hui, pour chaque action ou absence d’action, chacun peut lancer ou relayer un déferlement de critiques. Sommes-nous pour autant plus avancés ?
Du point de vue de la portée de ces actions, rien n’est moins sûr : il faut savoir saisir l’information, qui coule en flot continu sur un fil twitter, une timeline facebook, un journal télévisé, un quotidien imprimé, le programme d’une radio ou la page d’accueil de n’importe quel journal en ligne – toute information qui n’est pas saisie immédiatement est perdue. Tout juste la possibilité de partager ces informations permet-elle d’accorder un léger différé et un peu de résonance. De par la nature de ce système, une polémique est donc stérile et très limitée dans le temps : il est impossible de convaincre un nombre croissant de contradicteurs aux capacités d’écoute très variables.
Ainsi, du point de vue de l’impact des avis de chacun, l’effet est encore plus réduit : il est bien connu qu’à force de crier au loup, les alertes perdent en crédibilité. Le bruit de fond constitué par ce déferlement de critiques que l’on connaît en permanence masque donc les prises de position face aux problèmes les plus sérieux. Ces derniers jours de campagne, nombreuses sont les personnes qui auraient voulu se faire entendre pour dénoncer les chemins dangereux sur lesquels s’aventurent les candidats, parfois de manière irréversible. Mais comment obtenir du crédit lorsque l’on a passé plusieurs mois déjà à dénoncer les moindres faits et gestes, parfois anodins, d’un candidat ? Face à cette banalisation du « coup de gueule », il n’existe aucun outil supérieur à ceux que l’on utilise au quotidien. A moins, peut-être, que les médias les plus institutionnels, encore largement imperméables à cet effet, décident de dénoncer des dérives qu’ils ont eux-mêmes en partie cautionnées. La presse écrite et la radio ne font plus partie depuis longtemps de cette catégorie. Internet n’en a jamais été. Faut-il attendre une violente réaction d’un présentateur du 20 heures pour que l’on réalise les grossiers travers de cette France qui nous est proposée ? Une limitation de l'information n'est ni réalisable ni souhaitable, si bien que la surenchère est la seule évolution possible : sans refonte du système démocratique français, nous sommes donc encore loin de pouvoir faire entendre notre voix dans le débat public.

dimanche 4 mars 2012

Du leadership politique

A quoi reconnait-on un leader ? A son allure, son charisme, sa verve, son mordant ? Peut-être. Pourtant, un leader est avant tout une personne que l'on a envie de suivre. Et pour ceci, quoi de mieux que de tracer la voie en donnant l'exemple ?

Les leaders politiques étant restés dans l'Histoire de France sont relativement peu nombreux, et ceux de l'ère républicaine figurent en bonne place parmi les odonymes, en premier lieu Jean Jaurès, figure de l’opposition à la Première Guerre mondiale l’ayant payé de sa vie, et Charles de Gaulle, un des leaders de la résistance, puis acteur de la reconstruction politique du pays. A l'image de ces grandes figures, le leadership politique implique de créer un mouvement. La première chose à faire est de proposer un système de valeurs et une vision commune, l'objectif à atteindre à moyen ou long terme, en général 5 à 10 ans en politique. Il ne semble pas que les actuels candidats à la présidentielle excellent dans ce domaine, la "France forte" étant une idée plutôt vague, et le "changement" du pouvoir en place comme principale perspective étant loin de constituer une vision à long terme. Quant à déclarer que le sujet de la viande halal est la première préoccupation des Français, cela nous pousse à nous demander si les hommes et femmes politiques sont conscients de la nation, et pas seulement de l'électorat. Mais même en convertissant les citoyens à une vision, le plus difficile reste de dépasser les réticences à faire le premier pas, notamment quand celui-ci est désagréable. C'est particulièrement le cas en période de crise.
Lors des réductions de coûts, les patrons les plus consciencieux s'appliquent le même traitement : Gary Kelly, PDG de Southwest Airlines, gela son salaire pendant cinq ans en même temps que celui de ses pilotes. Un geste symbolique plutôt que pratique, mais un vrai acte de leadership. On ne peut que constater le faible niveau de conscience de cet état de fait en politique. Comment Nicolas Sarkozy pourrait-il ouvrir la voie de la rigueur pour la nation alors qu’une de ses premières mesures a été de s’augmenter de plus de 150 %, et qu’il n’a pas renoncé à cette augmentation à l’occasion des plans de rigueurs successifs ? Quelle crédibilité a François Hollande lorsqu’il propose de limiter le cumul des mandats quand il est lui-même dans ce cas ? Comment François Bayrou a-t-il pu consciemment quitter en Audi un meeting lors duquel il avait martelé l’intérêt d’acheter « Made in France » ?
Si l'on note un échec sur le plan symbolique, l'application des trois postures du management aux hommes et femmes d’état n'est pas plus convaincante. La pédagogie est de plus en plus de mise, favorisée par le travail des communicants et autres « plumes » officielles, qui ont grandement contribué à vulgariser les concepts et mécanismes de l'économie et du gouvernement de la nation en général, mais elle est malheureusement trop souvent biaisée par la caricature. L’exigence est bien présente, puisqu’aucun parti ne laisse passer la moindre erreur de ses adversaires. Envers les citoyens ou habitants du pays également, se focalisant selon les partis sur les immigrés, les chômeurs, les riches, les allocataires au RSA… Cependant, ils semblent oublier que l’exigence n’est acceptable que si elle est avant tout appliquée à soi-même. De la même manière, l’engagement est fort en termes de paroles, et souvent d’actes également. Le candidat Sarkozy avait montré l’exemple en 2007 en déclarant que s’il terminait son mandat avec plus de 5 % de chômeurs, il reconnaîtrait publiquement son échec. Mais l'engagement ne suffit pas seul, encore faut-il être efficace : nous restons en attente d’excuses, ou du moins d’explications. Pour s'engager personnellement, il faut appliquer à soi-même ses décisions ou leurs effets, ou s'impliquer dans le résultat. Il faut aussi tenir promesses.
On ne peut pas s’étonner de voir une défiance grandissante des Français envers la politique. Alors que les prix sont en hausse et que l’instabilité de l’emploi se fait oppressante pour une part grandissante de la population, la déconnexion des politiques de la réalité finit par lasser, quand elle n’agace pas. Que signifient donc les décisions qu’ils ont à prendre, à part des calculs comptables ou de popularité, s'ils n'ont pas à en supporter les effets ? Le leadership, ce n’est pas enchaîner des réformes sans rapport les unes avec les autres, rectifier sans cesse ses propositions, se poser en opposition d’un ou plusieurs candidats, prendre pour modèle un autre pays ou stigmatiser une partie de la population pour rassembler les autres. En ces temps de rigueur, du « travailler plus pour faire gagner la France », il serait temps que les politiques prennent leurs responsabilités de leaders et se posent en véritables rassembleurs montrant l’exemple en marchant en tête sur un chemin qui s’annonce certes tortueux mais au bout duquel on peut apercevoir la lumière.
Nous pouvons même nous risquer à dessiner les fondations d'un vrai leadership politique, qui proposerait une réelle vision, soutenue par un slogan qui ne sonne pas creux. Cet objectif à long terme serait étayé par un plan d'action clair, précis et cohérent, contenant des propositions logiques expliquées de manière pédagogique. L'ensemble serait bien entendu soutenu par un dispositif de communication centré autour d'un site internet détaillant et expliquant les propositions du candidat. Ceci s'inscrirait bien entendu dans un débat d'idées plus que de forme, effectué de manière ouverte et honnête. Si l'on est si loin de ce résultat, somme toute logique, c'est parce que les personnes à l'origine des stratégies de campagne ne pensent pas que cela soit nécessaire. Alors que deux tiers des français estiment avoir affaire à une campagne inintéressante et sont de moins en moins certains de savoir pour qui voter, il serait temps d'y songer à nouveau. Le paysage de la politique a déjà muté, il ne reste plus aux hommes et femmes politiques qu'à suivre.

mardi 7 février 2012

Peut-on s'unir sans fusionner ?

Synergies, économies d’échelle, complémentarité, différentiation… Les raisons de s’unir, que ce soit à l’échelle d’associations, d’établissements ou même d’états sont multiples. Cependant, même si ces rapprochements sont simples et profitables à tous sur le papier, la mise en œuvre n’est pas pour autant évidente, et de nombreux projets ambitieux battent de l’aile, ou ont échoué pour certains.

Derrière une union, une vision

Précédent et guidant chaque rassemblement, il y a une vision : Gandhi mena les indiens dans une marche du sel pour l’indépendance de l’Inde, Hassan II mobilisa le peuple marocain lors de la marche verte pour récupérer le Sahara occidental…
Du côté des organisations également, les premiers fondements de l’Union Européenne se sont posés vers 1950 quand quelques nations européennes, sous l’impulsion de l’Allemagne, de la France et du Royaume-Uni, ont vu l’opportunité de s’associer afin de simplifier et de sécuriser les échanges de charbon et d’acier. Récemment, l’Union Européenne s’est dirigée vers un rassemblement tout autant économique que politique ou judiciaire pour suivre un but commun d’unité européenne sur le plan international tout comme dans des aspects de politique intérieure de plus en plus nombreux.
Concernant l’enseignement supérieur, on peut également commenter le cas de ParisTech, association de 12 Grandes Écoles visant à créer un établissement qui puisse rivaliser en taille, en domaines de compétences, en excellence et en réputation avec les plus grandes universités mondiales.

De la coopération aux réalisations

Ces visions et ces ambitions affichées se transformèrent au fil du temps en actes, qui donnèrent lieux à des résultats concrets. L’Union Européenne parvint notamment à créer l’Euro et l’espace Schengen, et à augmenter fortement le nombre de pays membres en intégrant de petits acteurs à la motivation dépassant même celle de certains des acteurs les plus anciens et influents de l’Union.
ParisTech, de son côté, réussit à acquérir une réputation internationale : là où les noms des Grandes Écoles françaises sont toujours autant inconnus, la mention de ParisTech est en revanche significative, en Chine comme aux États-Unis, par exemple. Par ailleurs, les passerelles se sont multipliées entre les écoles, permettant aux élèves de croiser les cursus, ou simplement  d’assister aux cours d’autres établissements.

Les bâtons dans les roues

Cependant, cette progression semble être irrémédiablement freinée à partir d’un certain stade d'avancée, les écueils étant en effet nombreux. Des différences idéologiques, ou simplement de conception du but de l’organisation peuvent notamment exister. Dans l’Union Européenne, par exemple, il faut non seulement compter avec les gouvernements de tous bords des différents pays membres... mais ceux-ci changent de plus régulièrement, et chaque nation a une vision particulière de l’Union, en phase avec sa culture et ses acquis sociaux : une Europe sociale, monétaire, économique, politique, judiciaire, policière, militaire… De la même manière, plusieurs visions s’opposent au sein de ParisTech, d’une association d’écoles cherchant des synergies, à une université de classe internationale bâtie autour de l’École Polytechnique, en passant par une université construite par la fusion des écoles membres, qui aurait pu être amorcée par la fusion de l’École des Mines et de l’École des Ponts, avortée en 2004. La confrontation de ces visions concurrentes est bien entendu alimentée par la bataille des égos des membres, qui peuvent parfois être gargantuesques comme dans le cas des écoles membres de ParisTech, toutes parmi les meilleures dans leur domaine de compétence, et souhaitant avant tout protéger leur identité et leur diplôme.
Face à ces divergences au sujet de la conception que chacun a de l’objet même du rassemblement, même si un consensus peut souvent être trouvé, certains électrons libres s’opposeront invariablement aux projets, ou se désolidariseront de toute initiative. On peut notamment citer le cas du Royaume-Uni en Europe, qui a refusé l’Euro, l’espace Schengen, et plus récemment le pacte de discipline budgétaire.
La liste est ici loin d’être exhaustive, mais on peut aussi citer parmi les obstacles sur la route de la coopération l’inertie créée par les rassemblements, qui, s’ils ne sont pas dotés d’instances dirigeantes dédiées, dotées d’un pouvoir de décision suffisant, peuvent très rapidement sombrer dans l’immobilisme – comme les nombreux « sommets de la dernière chance » pour l’Europe en 2011 l'attestent. Par ailleurs, étant donné que les avantages théoriques du rassemblement sont nombreux, il est logique que les membres se lancent simultanément dans plusieurs organisations, comme au sein de ParisTech où l’École des Ponts s’investit également au sein de Paris Est, et Télécom avec l’Institut Télécom.

Vers un échec programmé ?

Les rassemblements de cette nature sont-ils pour autant voués à l’échec ? Afin d’analyser les mécanismes à l’œuvre, je vais utiliser l’exemple de Juniors ParisTech, spin-off de ParisTech au niveau des Junior-Entreprises. Cet exemple est bien entendu ridicule en termes d’échelle comparé aux deux précédents, mais il a l’avantage de m’être bien plus familier, et l'on y retrouve les mêmes leviers.
Tout d’abord, un rassemblement tel que nous l'avons abordé n’est possible qu’à la condition d’engager les membres : à partir de la vision commune définie, il est nécessaire de convaincre un à un les membres potentiels afin de leur permettre de se retrouver dans cette aventure commune. Cependant, l’enthousiasme qui en résulte est totalement inutile s’il n’est pas canalisé et concentré sur des objectifs et un plan d’action précis. Dans le cas de l’UE et de ParisTech, ce stade a été dépassé avec succès. Malgré cela, la motivation des membres doit être entretenue durant la marche des opérations, ce que ParisTech a partiellement échoué à faire.
Une fois cette première étape franchie, même si les membres de l'organisation font preuve de bonne volonté et agissent dans le cadre d'une stratégie commune avec des processus bien définis, l'écueil de l'inertie est très difficile à éviter, même lorsque les membres sont une poignée d'associations de taille modeste et que l'équipe dirigeante est à la fois motivée est engagée : toute action nécessitant la participation d'un ou plusieurs des membres sera quasi-automatiquement retardée. Ensuite, même si la question de la préservation de l'identité des membres et de la construction d'une identité commune a été abordée, la cohabitation de ces deux notions pour chacun des membres est difficile à gérer, et la coordination au niveau de la fédération est encore plus ardue - chacun privilégiant bien entendu sa propre identité, plus simple à comprendre et à gérer au quotidien.
Enfin, même si la coopération semble acquise malgré cette légère schizophrénie identitaire, on se heurte très rapidement aux différences d'interprétation des principes du groupement, même s'ils semblaient clairs et simples initialement, le clivage étant, pour simplifier, une répartition des membres entre les deux extrêmes "le regroupement n'a qu'une fonction support" et "le regroupement doit être fusionnel".
La conclusion que j'ai tirée de cette expérience, c'est que la meilleure chance de succès pour un regroupement de ce type est de se positionner dans une de ces deux conditions extrêmes, c'est-à-dire une simple fonction support, ou un rassemblement ayant pour objectif une fusion à moyen terme. Toute position intermédiaire, forcément plus difficile à définir, sera sujette à des interprétations divergentes et risquera d'entraîner une lutte de pouvoir pour se rapprocher d'un de ces deux extrêmes. Dans tous les cas, le positionnement doit être clair pour tous les membres, qui doivent y adhérer sans la moindre condition.

Quel avenir ?

Par conséquent, quel avenir pour l'Union Européenne ? Je n'ai pas la prétention de l'entrevoir mieux que les nombreux analystes s'étant déjà penché sur le sujet. La lutte de pouvoir pour déterminer l'orientation de l'Union en ce temps de crise n'aura cependant échappé à personne, et parmi les différents scénarios envisagés, il est aisé d'identifier les deux scénarios extrêmes : d'une part l'explosion de la zone euro, qui ébranlerait sérieusement les fondations de l'Union, d'autre part la constitution d'une union politique, débouchant éventuellement vers de véritables  États-Unis d'Europe. Bien entendu, la grande inconnue reste encore la direction qui sera prise, qui dépendra en partie de nombreux facteurs extérieurs.
Pour ParisTech, malgré des débuts très prometteurs et des résultats encore très encourageants, les signaux semblent être au rouge, comme l'illustre la récente décision à la dernière minute de l' École des Mines de ne pas rejoindre le plateau de Saclay comme cela était prévu.
Même si le rassemblement reste en théorie très attractif, encore faut-il passer l'examen pratique.

vendredi 17 juin 2011

De l'importance de l'actualité dans l'enseignement supérieur

Même si l’ouverture sociale et culturelle en Grande École d’Ingénieurs progresse rapidement, cette évolution n’est pas homogène. La place accordée aux entreprises, aux conférences ou aux débats s’améliore, complétant ainsi la vision macroscopique des cours magistraux par une vision intermédiaire. Ce qu’il manque, c’est une vision microscopique, les exemples qui viendront illustrer, voire éclairer, cette vision du monde que constitue l’enseignement.


Se tenir au courant de l’actualité, c’est d’abord connaître le monde dans lequel on vit. S’ancrer dans la réalité n’est pas si simple dans le microcosme des Grandes Écoles. Celles-ci sont sensées être le lieu où se forge notre vision du monde, ce qui n'est pas une mince affaire étant donné que le seul lien dans l'enseignement en prépa scientifique avec le monde réel et l'actualité est... le cours de langue. En arrivant en École, s'intéresser à ce qui se passe autour de nous est donc loin d'être un réflexe. Souvent, des quotidiens nationaux en version papier ou des abonnements électroniques sont disponibles gratuitement dans les établissements. La mise à disposition des moyens n'est donc pas un problème, encore faut-il donner l'envie de lire qui, finalement, permettra de replacer l'enseignement dans son contexte : un fait divers, une actualité sur une entreprise ou encore la présentation d'un projet d'avenir pourront ainsi être mis tout naturellement en relation avec les cours de mécanique des fluides, d'aménagement ou de marketing suivis le jour même. Ceci permet non seulement de voir l'actualité sous un œil neuf, mais aussi de trouver du sens ou de l'intérêt dans des cours qui semblent parfois déconnectés de la réalité. Le cours de droit prend ainsi tout son sens lorsqu'il est illustré par les déboires judiciaires d'un homme politique ou par un conflit de propriété intellectuelle entre deux entreprises. Le cours d'économie n'a que plus d'attrait quand il permet de comprendre les problèmes rencontrés par la Grèce et l'Irlande.


L'actualité est également un formidable outil de développement de l'esprit critique. Pour cela, nul besoin de s'efforcer à chercher la moindre faille dans le raisonnement du journaliste. Dans un premier temps, tout semble cohérent, les articles sont vus comme des vecteurs d'une information qui nous arrive intacte. Puis, un jour, une grossière faute de conjugaison dans le titre d'un article amène à se dire que, finalement, l'article n'est pas exempt de défauts, et que ce que dit l'auteur est susceptible d'être biaisé, incomplet ou inexact. Au bout de quelques semaines, les erreurs commencent à se révéler de plus en plus nombreuses dans les articles, les détails passent de moins en moins inaperçus, comme lorsqu'il était affirmé, à l'occasion de l'incendie de l'Elysée-Montmartre, que le bâtiment a été construit en 1807 sur une structure de Gustave Eiffel – toute personne sachant que la Tour Eiffel a été bâtie pour l'Exposition Universelle de 1889 aura de sérieux doutes au sujet de cette affirmation. Ainsi, au bout de quelques mois, sans avoir l'impression d'avoir fourni le moindre effort, on se découvre un sens critique aiguisé, apte à remettre en question les informations qui nous sont servies. Ce sens critique permet alors de pouvoir faire la part des choses dans ce qui nous est proposé ou exposé, mais également d'être informé du contexte dans lequel nous évoluons.


Bien. Mais à quoi cela sert-il ?


D'une part, à être un citoyen plus éclairé, dans ses choix et dans ses votes. D'autre part, à s'affirmer en tant qu'individu : dans des négociations ou des débats, s'appuyer sur l'actualité et des faits permet toujours d'opposer des arguments palpables à son interlocuteur. D'une manière plus intime, nos choix personnels ou choix de carrière seront toujours plus réfléchis : est-ce judicieux de se diriger dans une filière en forte perte de vitesse ? Pourtant, il y a forcément un revers de la médaille. En l'occurrence, il s'agit en quelque sorte d'une "déformation professionnelle", puisque le monde qui nous entoure est vu à travers le prisme de cette actualité à laquelle on s'intéresse. Comme lorsque dans le métro, on pense à ce que va devenir la ligne 14 avec le Grand Paris, ou lorsqu'en week-end à la Rochelle, on se demande quelles sont les caractéristiques du marché des grues portuaires, ses acteurs, la concurrence, le modèle économique...


Il reste maintenant une question en suspens : comment ? Le premier contact avec l'actualité, ce sont les gros titres que l'on peut lire dans la rue. Evidemment, cette approche est assez limitée. Passons en revue les différents médias existants :

· Parmi les médias très largement utilisés, on peut compter la radio et la télévision - pour ma part, alors que j'écoutais régulièrement France Info en prépa, j'ai laissé de côté ces deux médias, qui ne donnent qu'un aperçu des gros titres sans permettre d'aller voir plus en détails les sujets qui nous intéressent ; sans parler des images purement décorative la plupart du temps à la télévision ;

· Ensuite, vient la presse papier, nationale ou régionale, ainsi que la presse électronique. En ce qui me concerne, je suis abonné aux newsletter LeMonde.fr et lesechos.fr, et je passe également régulièrement sur les sites mêmes. Je n'ai pas pris pour l'instant d'abonnement payant à ces deux sites, l'"actuphagie" m'étant venue assez récemment, je trouve largement de quoi faire avec ceux-ci ;

· Dans le métro, je lis aussi régulièrement Métro, Direct Matin ou 20 minutes, soit pour être au courant de l'actualité parisienne, soit pour repérer les titres que j'irai voir plus en détails sur internet dans la journée ;

· Mais l'actualité, ce n'est pas que la politique, la société, les faits divers ou l'économie, c'est aussi et surtout ce qui nous intéresse. Je passe donc régulièrement sur Allociné, et occasionnellement sur 2kmusic et jeuxvideo.com ;

· Et comme l'actualité peut tout autant prêter à (sou)rire qu'à réfléchir, je suis un inconditionnel du blog l'Actu en patates de Martin Vidberg.

J'espère avoir ici donné matière à découvrir un peu le monde qui nous entoure. Mais qu'en est-il de ceux qui ne seraient pas prêts à faire cet effort, ou n'y seraient pas sensibilisés ? Une infinité de solutions sont envisageables en école ou université, plus ou moins difficiles à mettre place. Je précise qu'il s'agit de vœux pieux et de pistes de réflexion, puisque je n'ai jamais eu le temps ni l'opportunité de mettre en œuvre ces propositions :

· On peut tout d'abord envisager une revue de presse présentée une à deux fois par semaine par un groupe d'élèves chaque fois différent, où chacun présente un sujet d'actualité qu'il a envie de partager. Une sorte de journal "live" ;

· Si l'établissement publie un journal, rien n'empêche d'y inclure une partie "actualités", il est même envisageable de créer un journal pour les établissements dotés d'une chaîne de télévision ou d'une station radio ;

· Un groupe d'élèves motivé par le sujet peut proposer à ceux qui sont intéressés de s'abonner à une newsletter d'actualité, qui paraîtrait une à deux fois par semaine, présentant un patchwork d'articles trouvés sur internet et les liens pour aller plus loin.

Le maître mot en la matière est "partage". L'avantage incontestable de l'information par les étudiants pour les étudiants est l'assurance de traiter de sujets qui intéressent la plupart des personnes visées, soit parce qu'ils concernent le domaine d'étude de l'établissement, soit parce qu'ils touchent directement aux centres d'intérêts des étudiants ou à leur localisation géographique.