Affichage des articles dont le libellé est politique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est politique. Afficher tous les articles

jeudi 26 avril 2012

Sur le web, personne ne vous entend crier

Il y a 10 ans, quand Jean-Marie Le Pen est parvenu au second tour de l’élection présidentielle, les français ont fait entendre leur voix en descendant dans la rue. Aujourd’hui, confrontés à de nombreux enjeux tous aussi capitaux, nous restons inaudibles. Comment cela est-il possible malgré la multitude de moyens d’expression mis à notre disposition ?

L’information est maintenant partout, et occupe les moindres interstices de notre vie quotidienne à l'instar l’air que l’on respire, à tel point qu’elle en devient soumise aux mêmes lois physiques, à savoir un mouvement brownien permanent. Ainsi, les particules politiques, médiatiques ou simplement citoyennes se mettent en marche sans raison, créant une polémique chaque jour nouvelle, relayée par l’arsenal de médias, réseaux sociaux et espaces d’expressions dont nous disposons aujourd’hui. L’époque où un groupe parlementaire déposait une motion de censure pour se faire entendre n’est pourtant pas si lointaine. Aujourd’hui, pour chaque action ou absence d’action, chacun peut lancer ou relayer un déferlement de critiques. Sommes-nous pour autant plus avancés ?
Du point de vue de la portée de ces actions, rien n’est moins sûr : il faut savoir saisir l’information, qui coule en flot continu sur un fil twitter, une timeline facebook, un journal télévisé, un quotidien imprimé, le programme d’une radio ou la page d’accueil de n’importe quel journal en ligne – toute information qui n’est pas saisie immédiatement est perdue. Tout juste la possibilité de partager ces informations permet-elle d’accorder un léger différé et un peu de résonance. De par la nature de ce système, une polémique est donc stérile et très limitée dans le temps : il est impossible de convaincre un nombre croissant de contradicteurs aux capacités d’écoute très variables.
Ainsi, du point de vue de l’impact des avis de chacun, l’effet est encore plus réduit : il est bien connu qu’à force de crier au loup, les alertes perdent en crédibilité. Le bruit de fond constitué par ce déferlement de critiques que l’on connaît en permanence masque donc les prises de position face aux problèmes les plus sérieux. Ces derniers jours de campagne, nombreuses sont les personnes qui auraient voulu se faire entendre pour dénoncer les chemins dangereux sur lesquels s’aventurent les candidats, parfois de manière irréversible. Mais comment obtenir du crédit lorsque l’on a passé plusieurs mois déjà à dénoncer les moindres faits et gestes, parfois anodins, d’un candidat ? Face à cette banalisation du « coup de gueule », il n’existe aucun outil supérieur à ceux que l’on utilise au quotidien. A moins, peut-être, que les médias les plus institutionnels, encore largement imperméables à cet effet, décident de dénoncer des dérives qu’ils ont eux-mêmes en partie cautionnées. La presse écrite et la radio ne font plus partie depuis longtemps de cette catégorie. Internet n’en a jamais été. Faut-il attendre une violente réaction d’un présentateur du 20 heures pour que l’on réalise les grossiers travers de cette France qui nous est proposée ? Une limitation de l'information n'est ni réalisable ni souhaitable, si bien que la surenchère est la seule évolution possible : sans refonte du système démocratique français, nous sommes donc encore loin de pouvoir faire entendre notre voix dans le débat public.

dimanche 4 mars 2012

Du leadership politique

A quoi reconnait-on un leader ? A son allure, son charisme, sa verve, son mordant ? Peut-être. Pourtant, un leader est avant tout une personne que l'on a envie de suivre. Et pour ceci, quoi de mieux que de tracer la voie en donnant l'exemple ?

Les leaders politiques étant restés dans l'Histoire de France sont relativement peu nombreux, et ceux de l'ère républicaine figurent en bonne place parmi les odonymes, en premier lieu Jean Jaurès, figure de l’opposition à la Première Guerre mondiale l’ayant payé de sa vie, et Charles de Gaulle, un des leaders de la résistance, puis acteur de la reconstruction politique du pays. A l'image de ces grandes figures, le leadership politique implique de créer un mouvement. La première chose à faire est de proposer un système de valeurs et une vision commune, l'objectif à atteindre à moyen ou long terme, en général 5 à 10 ans en politique. Il ne semble pas que les actuels candidats à la présidentielle excellent dans ce domaine, la "France forte" étant une idée plutôt vague, et le "changement" du pouvoir en place comme principale perspective étant loin de constituer une vision à long terme. Quant à déclarer que le sujet de la viande halal est la première préoccupation des Français, cela nous pousse à nous demander si les hommes et femmes politiques sont conscients de la nation, et pas seulement de l'électorat. Mais même en convertissant les citoyens à une vision, le plus difficile reste de dépasser les réticences à faire le premier pas, notamment quand celui-ci est désagréable. C'est particulièrement le cas en période de crise.
Lors des réductions de coûts, les patrons les plus consciencieux s'appliquent le même traitement : Gary Kelly, PDG de Southwest Airlines, gela son salaire pendant cinq ans en même temps que celui de ses pilotes. Un geste symbolique plutôt que pratique, mais un vrai acte de leadership. On ne peut que constater le faible niveau de conscience de cet état de fait en politique. Comment Nicolas Sarkozy pourrait-il ouvrir la voie de la rigueur pour la nation alors qu’une de ses premières mesures a été de s’augmenter de plus de 150 %, et qu’il n’a pas renoncé à cette augmentation à l’occasion des plans de rigueurs successifs ? Quelle crédibilité a François Hollande lorsqu’il propose de limiter le cumul des mandats quand il est lui-même dans ce cas ? Comment François Bayrou a-t-il pu consciemment quitter en Audi un meeting lors duquel il avait martelé l’intérêt d’acheter « Made in France » ?
Si l'on note un échec sur le plan symbolique, l'application des trois postures du management aux hommes et femmes d’état n'est pas plus convaincante. La pédagogie est de plus en plus de mise, favorisée par le travail des communicants et autres « plumes » officielles, qui ont grandement contribué à vulgariser les concepts et mécanismes de l'économie et du gouvernement de la nation en général, mais elle est malheureusement trop souvent biaisée par la caricature. L’exigence est bien présente, puisqu’aucun parti ne laisse passer la moindre erreur de ses adversaires. Envers les citoyens ou habitants du pays également, se focalisant selon les partis sur les immigrés, les chômeurs, les riches, les allocataires au RSA… Cependant, ils semblent oublier que l’exigence n’est acceptable que si elle est avant tout appliquée à soi-même. De la même manière, l’engagement est fort en termes de paroles, et souvent d’actes également. Le candidat Sarkozy avait montré l’exemple en 2007 en déclarant que s’il terminait son mandat avec plus de 5 % de chômeurs, il reconnaîtrait publiquement son échec. Mais l'engagement ne suffit pas seul, encore faut-il être efficace : nous restons en attente d’excuses, ou du moins d’explications. Pour s'engager personnellement, il faut appliquer à soi-même ses décisions ou leurs effets, ou s'impliquer dans le résultat. Il faut aussi tenir promesses.
On ne peut pas s’étonner de voir une défiance grandissante des Français envers la politique. Alors que les prix sont en hausse et que l’instabilité de l’emploi se fait oppressante pour une part grandissante de la population, la déconnexion des politiques de la réalité finit par lasser, quand elle n’agace pas. Que signifient donc les décisions qu’ils ont à prendre, à part des calculs comptables ou de popularité, s'ils n'ont pas à en supporter les effets ? Le leadership, ce n’est pas enchaîner des réformes sans rapport les unes avec les autres, rectifier sans cesse ses propositions, se poser en opposition d’un ou plusieurs candidats, prendre pour modèle un autre pays ou stigmatiser une partie de la population pour rassembler les autres. En ces temps de rigueur, du « travailler plus pour faire gagner la France », il serait temps que les politiques prennent leurs responsabilités de leaders et se posent en véritables rassembleurs montrant l’exemple en marchant en tête sur un chemin qui s’annonce certes tortueux mais au bout duquel on peut apercevoir la lumière.
Nous pouvons même nous risquer à dessiner les fondations d'un vrai leadership politique, qui proposerait une réelle vision, soutenue par un slogan qui ne sonne pas creux. Cet objectif à long terme serait étayé par un plan d'action clair, précis et cohérent, contenant des propositions logiques expliquées de manière pédagogique. L'ensemble serait bien entendu soutenu par un dispositif de communication centré autour d'un site internet détaillant et expliquant les propositions du candidat. Ceci s'inscrirait bien entendu dans un débat d'idées plus que de forme, effectué de manière ouverte et honnête. Si l'on est si loin de ce résultat, somme toute logique, c'est parce que les personnes à l'origine des stratégies de campagne ne pensent pas que cela soit nécessaire. Alors que deux tiers des français estiment avoir affaire à une campagne inintéressante et sont de moins en moins certains de savoir pour qui voter, il serait temps d'y songer à nouveau. Le paysage de la politique a déjà muté, il ne reste plus aux hommes et femmes politiques qu'à suivre.

mardi 28 février 2012

Vers la fin de la dynamique du mensonge en politique

Sans aller jusqu'à regretter l'Honnête Homme du XVIIème siècle, dépassé à bien des égards, on peut se demander si la politique peut pour autant se passer d'honnêteté tout court. Entre péremption de l'information et persistance de l'image, le chemin vers une pensée et une communication transparentes et factuelles semble encore bien long. Même si la subjectivité et l’interprétation restent nécessaires au débat politique.

Raccourcis réducteurs, faits inventés, statistiques manipulées, etc. : la malhonnêteté intellectuelle

Derrière ce que j'appelle « malhonnêteté intellectuelle » se cachent en réalité plusieurs phénomènes, observés dans des situations bien distinctes, volontaires ou non, ou utilisés avec des desseins différents.
Tout d'abord, l'omission est probablement le cas le plus répandu. Il est bien entendu possible d'omettre des détails pour simplifier une description, mais occulter des faits révélateurs est en soit nettement plus malhonnête, comme François Bayrou prétendant avoir choisi de ne pas voter le traité de Lisbonne ou la dénonciation du bilan de François Hollande en Corrèze sans préciser le bilan financier à sa prise de fonction.
Assez proche de l'omission, se trouve le raccourci : un abus de langage assimilant deux notions a priori distinctes, un raisonnement aboutissant sans se préoccuper des étapes intermédiaires, une étude considérée comme scientifique sans en vérifier le protocole, les cas ne manquent pas. On peut bien entendu mentionner Claude Guéant et son raccourci entre « cultures », « religions » et « civilisations », mais aussi François Hollande passant un peu rapidement dans son raisonnement des causes de la crise à la finance comme « principal adversaire ».
On peut également citer la manipulation de statistiques, qui consiste le plus souvent à prendre les seules statistiques « positives » d’un échantillon et à oublier le reste, ou à calculer les statistiques dans un cadre bien précis, évidemment favorable. L’exemple le plus connu est le bilan annuel de la lutte contre l’insécurité en France, présenté chaque année comme positif, et dénoncé immédiatement par les experts qui déplorent son manque de signification.
Une des formes de raccourcis les plus répandues, facilement détectable mais difficilement évitable, est la généralisation, soit le fait de penser connaître – pour parfois juger – une population en se basant sur la connaissance d’un trop faible échantillon. Cela amène à proférer un jugement hâtif qui ne rend compte que d’une partie de la vérité. Nicolas Sarkozy peut ainsi déclarer que les charges des salariés français sont deux fois plus élevées que celles des salariés allemands, grâce à un calcul qui n’est valable que sur une tranche étroite de salaires.
De plus, grâce à l’essor de Twitter notamment, les rumeurs et fausses informations pullulent, dues pour la plupart à la non vérification des sources. On peut aussi recenser l’invention pure et simple de faits, cas extrême mais pourtant courant, comme Marine Le Pen dénonçant la mainmise de la viande Halal en Ile-de-France, ou quelques souvenirs impossibles d’hommes politiques, tels Nicolas Sarkozy se remémorant la chute du Mur de Berlin, ou Hervé Morin évoquant le débarquement en Normandie tel qu’il l’a vécu. On pourrait aussi citer, parmi d’autres, le mensonge pur et simple, ou les promesses en l’air, plus que jamais d’actualité en ces périodes électorales. Ce dernier cas reste cependant plus difficile à jauger, car une promesse non tenue n’était pas forcément pour autant une promesse en l’air : le « Travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy en 2007 n’a-t-il été qu’un mirage, ou un véritable projet compromis ?

Dire vrai en politique, à quoi bon ?

Les hommes et femmes politiques doivent occuper l’espace médiatique en permanence. Toute mise en retrait pouvant être fatale, comme le montre la difficulté pour Eva Joly de remonter dans les sondages après son absence de plusieurs mois dans les principaux médias. Il se pose donc pour eux une contrainte de temps qui mène le plus souvent à du recyclage d’anciennes interventions ou l’utilisation de chiffres non vérifiés. Cependant, la spécificité de la politique est le parti pris idéologique, qui pourrait bien souvent se définir comme la défense aveugle d’une position. Ne tombons pas pour autant dans le piège de la nostalgie d’un « âge d’or » de la politique : ces manœuvres ne sont pas nouvelles et étaient déjà de mise du temps de la République Romaine tout comme au XXème siècle.
Pour des raisons inconnues, il semblerait que la meilleure manière de défendre une idéologie soit le refus de reconnaître ses erreurs tout comme la moindre crédibilité à ses adversaires, à quelques exceptions près. A cet effet, une utilisation à outrance est faite de tous les « outils » présentés précédemment. La conséquence est une part très importante – quand elle n’est pas majoritaire – d’information inexacte. Le clivage entre les différents partis s’en trouve donc renforcé, et toute tentative de dialogue avorte inévitablement. Les électeurs eux-mêmes se trouvent confortés dans leur choix en s’entendant répéter que les autres partis mentent, ce qui est partiellement vrai, donc facilement justifiable. Pourtant, un peu d’esprit critique suffirait à se rendre compte que son parti préféré est tout aussi inexact que les autres.

Fatalité ou piste d’amélioration ?

La situation n’est pas catastrophique pour autant, car elle est appelée à changer, chaque campagne tirant les leçons de la précédente. On peut par exemple mentionner les meetings des principaux candidats, qui fournissent eux-mêmes les images aux médias afin de répondre à la demande grandissante de visuels et de parole et de maîtriser jusqu’au moindre détail de l’événement. Cette année, deux leçons principales devraient être tirées de la campagne en termes de communication.
La première, c’est le devoir de vérité. Tout écart est désormais épinglé immédiatement, notamment par des sites collaboratifs spécialisés dans le fact-checking, tels que le Véritomètre 2012 d’i-Télé, et le blog Décodeurs du Monde, mais aussi par des journalistes, experts ou simples citoyens, chacun ayant désormais une tribune ouverte dans la presse en ligne. L’information est ensuite relayée rapidement dans les médias et sur les réseaux sociaux. Cette tendance relativement nouvelle a pour résultat de discréditer de plus en plus le discours des principaux candidats, qui sont les plus présents dans les médias et donc les plus sujets à ce genre de faute. L’effet de bord peut ainsi être un gain de crédibilité des plus petits candidats. Cependant, si les cotes des paris font figure d’indicateurs de l’issue de la présidentielle, la considération des classements de fact-checking pourrait bien changer la face de l’élection. Vers un second tour Mélanchon-Hollande ?
La seconde, c’est le besoin de constance. Les tâtonnements et retours sur ses propositions, qui semblent être en particulier la spécialité de François Hollande, vont devenir de plus en plus difficiles à faire passer, quand la persistance de l’image et des mots sur internet se fait plus insistante, et que des initiatives, telles que Voxe.org, essaient de clarifier les positions des candidats. De la même manière, les approximations sur le programme d’un concurrent afin de mieux l’attaquer, apanage de l’UMP notamment, vont très vite perdre de leur crédibilité et se retourner contre leurs auteurs.

Une stratégie de campagne étant longue à mettre en place, la réponse des candidats à ces nouveaux facteurs se fait attendre. Cependant, comme l’adoption de Twitter – inexistant en 2007 – le montre, il ne s’agit que d’une question de temps. Cela va-t-il pour autant changer la face de cette campagne présidentielle ? Malheureusement non, car les hommes et femmes politiques tout comme les citoyens ont une inertie bien trop importante. Mais pour ceux qui ont déjà en tête l’élection de 2017, il s’agit là d’une piste à creuser.