dimanche 18 septembre 2011

A-t-on le droit de s'ennuyer en cours ?


Avant-propos : le point de vue exprimé dans cet article n’est pas applicable pour moi aux études précédent le baccalauréat, voire même aux deux premières années post-bac, selon les formations. Ces années d’étude ont en effet pour but d’inculquer une base de connaissance commune aux élèves avant toute spécialisation.


Malgré des parcours toujours plus personnalisés et une participation de plus en plus forte des étudiants à leur formation, ceux-ci continuent à s’ennuyer dans de nombreux cours. Analyse et pistes de résolution d’un problème touchant quasiment chaque élève.


A qui la faute ?

Septembre 2011, au siège parisien d’un cabinet de conseil international en systèmes d’information. Un intervenant extérieur, chercheur dans une des plus grandes universités américaines, a été convié à animer une formation d’une journée à une partie du management du cabinet. Cette formation, d’un intérêt stratégique, pourrait marquer un tournant dans la méthodologie du cabinet, tant au niveau de l’approche des problèmes que des solutions proposées. Cependant, la formation est un désastre. Au bout de deux heures, les deux tiers des participants ont déjà décroché, un quart ne reviendra même pas l’après-midi pour la deuxième partie et aucune décision ne sera prise par le management suite à cette journée.

Pourtant, à aucun moment les participants à cette formation ne seront mis en cause, même de façon minime. Pour tous, la faute incombe au formateur. A-t-il pêché sur le fond ? Sur la forme ? Peu importe, la formation n’était pas à la hauteur des attentes. Malgré le plan d’action déjà élaboré pour la suite, la non-adhérence du management aux nouvelles méthodes proposée coupe court à toute velléité de changement.


Nous sommes toujours en septembre 2011, cette fois-ci dans une salle de classe d’une école d’ingénieurs parisienne. Il s’agit du premier cours de l’année du module nanomatériaux. Ici aussi, les attentes du « management » – c’est-à-dire l’administration de l’école – sont élevées : les 26 élèves assistant au cours devront y obtenir une note minimale de 10/20, même s’ils ne savent pas encore sur quoi ils seront évalués. Pourtant, ici aussi, le cours est un échec : moitié des élèves n’assisteront déjà plus au cours à la 3ème séance, la moyenne de classe à l’issue du trimestre sera de 11 et 6 élèves ne valideront pas le module.

Pourtant, ici, les participants à cette formation qu'ils ont choisie seront tenus pour premiers responsables de cet échec. Bien entendu, le professeur sera probablement encouragé à revoir son cours et sa pédagogie ou à laisser sa place, mais cela n'impactera en aucun cas les résultats des élèves, remettant pour certains en cause la validation de leur année.

Pour un même problème dans deux milieux différents, les réactions sont tout à fait opposées. Pourquoi ?


Une affaire d'exigences

Si les exigences en entreprise, bien plus élevées que dans le milieu scolaire, déroutent parfois les jeunes diplômés, il peut en être de même pour les intervenants.

Le problème d’un cours ennuyeux n'est que très rarement – voire quasiment jamais – dû à un manque de compétences sur le sujet enseigné. Les professeurs sont même généralement des experts dans leur domaine, dont les connaissances vont bien au-delà du champ couvert par le cours. En réalité, la quasi-totalité des cours jugés inintéressants le sont à cause d'un défaut de pédagogie ou de compétences en communication.

Dans le premier cas, cela peut venir d’un manque de compréhension des attentes des étudiants par le professeur. Un élève choisissant un cours sur la propriété intellectuelle cherchera vraisemblablement plus à apprendre comment déposer concrètement un brevet et protéger ses créations qu’à connaître par cœur tous les lois et décrets sur le sujet.

Dans le second cas, c’est simplement que communiquer ne s’improvise pas. Enseigner à une classe est même un exercice de communication très complexe, qui est beaucoup plus simple à acquérir et mettre en œuvre pour des enseignants à plein temps que des chercheurs ou des professionnels enseignant de façon ponctuelle. Ainsi, des spécialistes proposant un cours extrêmement riche en termes de contenu pourront échouer à transmettre leur savoir pour avoir simplement oublié de se demander comment ils pourraient présenter ce contenu.

Je n’ai pas la prétention d’apprendre à quiconque comment enseigner, mais de mon point de vue, une approche résolument orientée élèves – c’est-à-dire orientée « clients » – sera a priori mieux reçue par l’audience. La question n’est en effet pas de savoir ce que je veux enseigner aux élèves, mais ce qu’ils ont besoin de savoir impérativement dans un premier temps, et pour aller plus loin dans un second temps. En effet, la meilleure manière d’être certain que les élèves seront intéressés par le message reçu est de les laisser aller chercher eux-mêmes les informations complémentaires qui les intéresseront. Cela laisse ainsi plus de place en classe à l’apprentissage des fondamentaux et aux applications pratiques.


Conclusion

A-t-on le droit de s’ennuyer en cours ? De toute évidence, oui, personne ne peut obliger un élève à se passionner pour une matière qui est le cadet de ses soucis, ou mal enseignée. A-t-on pour autant le droit de ne pas aller en cours ? Pas toujours : il faut bien entendu prendre en compte la politique en la matière de l’école ou de l’université, et l’importance du cours dans son cursus personnel. Par ailleurs, il faut commencer à se poser des questions sur son orientation et sa motivation si aucun cours ne nous plait.

Je ne fais pas ici un réquisitoire contre l’enseignement supérieur, bien au contraire : la grande majorité des cours que j’ai suivis au cours de mes études supérieures étaient passionnants, sinon intéressants. Cependant, quelques cours viennent ternir ce tableau, étant à même de faire baisser cet intérêt pour les sujets enseignés, de donner envie d’abandonner les études ou de mettre en danger une scolarité. Que peut-on faire alors ? Ma première recommandation est de changer de cours si c’est autorisé par l’établissement. Ensuite, il s’agit de s’assurer que ce problème sera réglé :

  • En n’hésitant pas à aller voir l’administration de l’établissement pour lui en faire part
  • En prenant le temps d’exprimer ses impressions et suggestions à l’occasion de l’évaluation de fin de cours, de plus en plus répandue
  • En mettant en place un outil de crowdsourcing de type Refresh, afin de trouver des solutions aux problèmes rencontrés par les étudiants à l’échelle de l’établissement

Tout ceci en gardant à l’esprit que toute démarche de ce type doit se faire le plus objectivement possible, toute exagération ou généralisation faisant perdre instantanément toute crédibilité.

mercredi 6 juillet 2011

Le crowdsourcing, outil clé du Nouvel Ingénieur

Le Nouvel Ingénieur est un regroupement d’élèves d’écoles d’ingénieurs qui propose et met en place des idées concrètes d'évolution des formations. L’association a nommé il y a quelques semaines un collège de 5 personnes chargé de structurer l’association, pour un lancement effectif en septembre 2011. Faisant partie de ce collège – plus particulièrement en charge de la coordination des Écoles membres du réseau, pour l’instant une dizaine – je ne manquerai pas de reparler de ce projet sur ce blog.

Qu’est-ce que le crowdsourcing ? [adapté d’un article de Thibaut Labarre et Maylis Brandou pour le Nouvel Ingénieur et l’Institut Montaigne]
Les grandes écoles dispensent des formations de très haut niveau à des étudiants préalablement sélectionnés et qui constituent un vivier d’idées neuves et innovantes qui ne demande qu’à être exploité.
L'arrivée en école introduit une rupture après deux années de classe préparatoire. Les étudiants doivent dès lors être encouragés à devenir acteurs de leur formation en étant plus impliqués par exemple dans la compréhension des enjeux auxquels doit faire face leur école. Les anciens élèves constituent également un vivier précieux qu’il conviendrait d’associer au processus puisqu’ils ont notamment plus de recul et plus d’expérience pour formuler des propositions constructives. En termes de réflexion et de consultation, le principal outil du Nouvel Ingénieur est le crowdsourcing.
En français « externalisation ouverte », c’est un néologisme conçu en 2006 sur les mots « outsourcing » (externalisation) et « crowd » (la foule) pour caractériser l'un des domaines émergents du management de la connaissance. A travers des plateformes d’échange ouvertes, le crowdsourcing fait appel à la créativité, à l'intelligence et au savoir-faire d'un grand nombre de personnes pour que des problèmes qui requièrent traditionnellement l'attention d'experts trouvent des solutions originales et rassemblent des personnes motivées pour les mettre en œuvre. La mise en place du crowdsourcing s'appuie sur des outils de communications qui permettent d'intégrer efficacement les différentes contributions. L'outil Google Moderator en est un exemple. Il est utilisé par Le Nouvel Ingénieur depuis janvier 2011 pour offrir aux élèves la possibilité de mener une réflexion collaborative sur l'évolution de la formation en grande école d'ingénieur française. A ce jour, 76 personnes y ont proposé 96 idées d'évolution des formations et ont voté pour faire émerger les meilleures propositions.
Le crowdsourcing crée une situation gagnant-gagnant. Les étudiants sont les premiers bénéficiaires des retombées d'un tel système : ils peuvent contribuer à façonner leur parcours pour que celui-ci réponde à leurs attentes et leur permette de s’épanouir. Quant aux écoles, elles tirent profit d'une source d’innovation et de créativité qui leur permet d’être très certainement plus compétitives et plus réactives. Disposer d’une structure d’échange et de dialogue permet en outre de faire évoluer de manière positive les points de frustration que toute école peut rencontrer.

Le crowdsourcing : de l’idée à la mise en place
Les précurseurs en la matière sont trois étudiants de Télécom ParisTech, qui ont mis en place début 2011, avec le soutien de leur administration, une plateforme de crowdsourcing pour faire évoluer tous les aspects de la formation à l’école grâce aux propositions des élèves.
A la suite de cette initiative, deux projets similaires se sont lancés en parallèle, l’un à l’ENAC, porté par Thibaut Labarre et Clément Martin, fondateurs du Nouvel Ingénieur, et l’autre à l’École des Ponts ParisTech, porté par moi-même, aidé d’une équipe de personnes intéressées par le projet. C’est d’ailleurs dans le cadre de ce projet que j’ai été amené à rencontrer Thibaut et Clément et à rejoindre le Nouvel Ingénieur.
Concernant la réalisation technique, la plateforme Telecom Refresh est une adaptation du CMS Pligg et Ponts ParisTech Refresh est une plateforme développée de zéro. Pour ENAC Refresh, il me semble qu’un Google Moderator a été lancé dans un premier temps.

Vers un outil de crowdsourcing open-source pour les écoles
Le Nouvel Ingénieur souhaite permettre un développement bien plus large du crowdsourcing et mettre à disposition une plateforme open source facile à déployer à chaque école qui en fera la demande. Cette plateforme devra permettre de répondre aux principales problématiques spécifiques au crowdsourcing en grande école, notamment la nécessité de pérenniser le système et d’effectuer un suivi des idées proposées et de leur implémentation.
Pour pouvoir mener à bien ce projet qui se basera a priori sur l’excellente base de travail réalisée par Nicolas Seichepine pour Ponts ParisTech Refresh, des bonnes volontés sont nécessaires, tant au niveau programmation que design et ergonomie, mais également des personnes sans compétences particulières qui souhaiteraient faire avancer les choses. En tant que porteur de ce projet pour le Nouvel Ingénieur, je suis ouvert à toute proposition, candidature ou demande de renseignement si vous voulez faire bouger les choses dans votre école, créer une interface directe entre élèves et administration ou si vous êtes curieux ou intéressé par le sujet : pour ça, vous pouvez me contacter ou rejoindre le projet sur Wizbii.

samedi 25 juin 2011

Notre génération sera télétravail ou ne sera pas

Notre génération sera-t-elle celle du télétravail ? Comme le résumait très bien ParisTech Review dans un article paru en mars dernier, le télétravail est une grande révolution amorcée… il y a 40 ans, et qui ne concerne toujours à plein temps que 2 % de la population active en Europe et aux États-Unis.


Une révolution qui prend son temps

Pourquoi le télétravail ne décolle-t-il pas ? Une raison nous semble évidente : un employé travaillant à domicile est moins facilement contrôlable, il est par conséquent moins productif. Cependant, certaines études menées sur le sujet montrent une tendance inverse, la mise en place du télétravail s’accompagnant parfois de formations pour apprendre la gestion de leur temps de travail à des employés qui, libérés des contraintes de transport ou de relations humaines parfois tendues, peuvent travailler assez tard le soir.

En revanche, la réticence au changement est un argument bien plus sérieux. Du côté du management, elle est amplifiée par l’appréhension d’une situation totalement nouvelle où l’on a l’impression de ne plus avoir de prise sur ses équipes, et où l’on peine à leur faire confiance. Du côté des employés, il existe une crainte de ne plus voir leur travail reconnu à sa juste valeur – alors que, finalement, le résultat reste évalué de la même manière. La peur de voir sa vie sociale considérablement réduite est également loin d’être neutre dans l’équation, notamment pour les célibataires – plus de 15 % des couples mariés se sont d’ailleurs rencontrés dans le cadre professionnel. Travaillant actuellement en tant que consultant dans un cabinet d’une cinquantaine de personnes, mais toujours en déplacement chez le client, je trouve agréable – sinon indispensable – de passer une fois par semaine au cabinet afin d’échanger avec mes collègues. Le télétravail doit pour moi s’intégrer dans ce cadre : pourquoi ne pas faire du lieu de travail un « hub », un lieu de passage libre, quitte à se mettre d’accord avec les collègues avec qui l’on s’entend le mieux pour venir au bureau un jour précis de la semaine ? Cela rejoint notamment la méthode de management préconisée et utilisée par Leen Zevenbergen, président de Qurius.

Plus qu’économiques ou technologiques, les raisons sont donc avant tout sociales.


Les jeunes au (télé)travail

Comme je m’intéresse sur ce blog à l’enseignement et l’insertion professionnelle, concentrons-nous sur l’entrée de notre génération sur le marché du travail.

Pour la plupart des personnes terminant leurs études, le monde professionnel est de toute façon une nouveauté : il semblerait logique qu’aucune peur du changement ne puisse entrer en compte ici. Paradoxalement, ce n’est pas le cas : pour un bon nombre des étudiants ou des jeunes actifs avec qui j’en ai discuté, le télétravail fait peur – je n’ai pas tenu de compte précis. D’une part, le télétravail rompt avec le monde du travail tel qu’ils se le représentent, de par la vue qu’ils ont de la vie professionnelle de leurs parents et les différentes ouvertures sur le sujet durant les études, même s’ils n’ont eux-mêmes aucune expérience de cette réalité. D’autre part, il existe un défaut de confiance en soi : ils ne sont pas si nombreux à se sentir capables de travailler sans avoir un chef sur le dos. Pour répondre au premier point de blocage, seule l’entrée du télétravail dans les mœurs pourrait faire bouger les choses. Pour le second, il est pour moi révélateur d’un manque d’autonomie à l’issue des études, du moins en Grande École d’Ingénieurs : l’étudiant n’y apprend pas suffisamment à faire les choses seul, et par là-même à se faire confiance.

Pourtant, à bien y regarder, les études reposent quasi-exclusivement sur le télétravail. Il est en effet nécessaire de travailler en dehors des cours pour réviser ou pour effectuer un projet. Ce temps n’est comptabilisé par personne, et n’a finalement que peu d’importance. Le vrai critère sera la qualité de ce travail, et, surtout, le résultat, sanctionné par une note. C’est exactement le principe du télétravail. Bien entendu, selon son ambition, chacun y consacrera plus ou moins de temps et d’énergie, qu’il s’agisse du travail scolaire, du télétravail ou du travail au bureau. Il serait donc injuste d’affirmer que les jeunes sont moins dignes de confiance que leurs collaborateurs plus expérimentés, alors qu’ils n’aspirent au contraire qu’à être reconnus – une fois la phase de recherche d’un métier passée, bien entendu – et sont déjà dans la dynamique du télétravail, contrairement à leurs collègues. De plus, il est encore pire de prétendre protéger les nouveaux venus sur le marché du travail en leur évitant l’expérience déstabilisante du télétravail, puisqu’ils s’agit de la seule expérience qu’ils ont. Il ne faut cependant pas lâcher dans la nature un employé inexpérimenté : à l’image des études, qui alternent travail encadré – les cours et travaux pratiques – et travail libre – les révisions, les exercices et autres projets – la phase de formation indispensable passe par une alternance entre télétravail et présence physique.

L’autre point à l’avantage de notre génération est bien entendu la connaissance et la maîtrise, dans la plupart des cas, des nouvelles technologies, en particulier pour la communication. Même s’il est vrai que les applications professionnelles nous restent relativement inconnues, l’assimilation des nouveaux outils fait partie intégrante de notre vie et de nos études, des réseaux sociaux aux sites d’organisation et de partage – Producteev, PearlTrees, Google Documents, Wizbii, etc.


Un avènement incertain

Pour autant, cette décennie sera-t-elle celle du télétravail ? Rien n’est moins sûr. Pour que les facteurs que nous venons de mettre en évidence jouent leur rôle, il faudrait qu’une véritable demande émerge de manière visible de la part des jeunes diplômés, et rien ne semble l’indiquer à ce jour. Une certaine population réclame cependant ce télétravail : les employés en déplacement professionnel fréquent travaillent en réalité en permanence à distance, il paraît donc logique de pouvoir travailler chez soi tout comme l’on travaille dans le train, l’avion ou dans une chambre d’hôtel. Malgré ces éléments, le télétravail reste pour l’heure assez confidentiel, souvent réservé à des cas particuliers pour lesquels les enjeux économiques ou sociaux le rendent très avantageux, voire incontournable.

vendredi 17 juin 2011

De l'importance de l'actualité dans l'enseignement supérieur

Même si l’ouverture sociale et culturelle en Grande École d’Ingénieurs progresse rapidement, cette évolution n’est pas homogène. La place accordée aux entreprises, aux conférences ou aux débats s’améliore, complétant ainsi la vision macroscopique des cours magistraux par une vision intermédiaire. Ce qu’il manque, c’est une vision microscopique, les exemples qui viendront illustrer, voire éclairer, cette vision du monde que constitue l’enseignement.


Se tenir au courant de l’actualité, c’est d’abord connaître le monde dans lequel on vit. S’ancrer dans la réalité n’est pas si simple dans le microcosme des Grandes Écoles. Celles-ci sont sensées être le lieu où se forge notre vision du monde, ce qui n'est pas une mince affaire étant donné que le seul lien dans l'enseignement en prépa scientifique avec le monde réel et l'actualité est... le cours de langue. En arrivant en École, s'intéresser à ce qui se passe autour de nous est donc loin d'être un réflexe. Souvent, des quotidiens nationaux en version papier ou des abonnements électroniques sont disponibles gratuitement dans les établissements. La mise à disposition des moyens n'est donc pas un problème, encore faut-il donner l'envie de lire qui, finalement, permettra de replacer l'enseignement dans son contexte : un fait divers, une actualité sur une entreprise ou encore la présentation d'un projet d'avenir pourront ainsi être mis tout naturellement en relation avec les cours de mécanique des fluides, d'aménagement ou de marketing suivis le jour même. Ceci permet non seulement de voir l'actualité sous un œil neuf, mais aussi de trouver du sens ou de l'intérêt dans des cours qui semblent parfois déconnectés de la réalité. Le cours de droit prend ainsi tout son sens lorsqu'il est illustré par les déboires judiciaires d'un homme politique ou par un conflit de propriété intellectuelle entre deux entreprises. Le cours d'économie n'a que plus d'attrait quand il permet de comprendre les problèmes rencontrés par la Grèce et l'Irlande.


L'actualité est également un formidable outil de développement de l'esprit critique. Pour cela, nul besoin de s'efforcer à chercher la moindre faille dans le raisonnement du journaliste. Dans un premier temps, tout semble cohérent, les articles sont vus comme des vecteurs d'une information qui nous arrive intacte. Puis, un jour, une grossière faute de conjugaison dans le titre d'un article amène à se dire que, finalement, l'article n'est pas exempt de défauts, et que ce que dit l'auteur est susceptible d'être biaisé, incomplet ou inexact. Au bout de quelques semaines, les erreurs commencent à se révéler de plus en plus nombreuses dans les articles, les détails passent de moins en moins inaperçus, comme lorsqu'il était affirmé, à l'occasion de l'incendie de l'Elysée-Montmartre, que le bâtiment a été construit en 1807 sur une structure de Gustave Eiffel – toute personne sachant que la Tour Eiffel a été bâtie pour l'Exposition Universelle de 1889 aura de sérieux doutes au sujet de cette affirmation. Ainsi, au bout de quelques mois, sans avoir l'impression d'avoir fourni le moindre effort, on se découvre un sens critique aiguisé, apte à remettre en question les informations qui nous sont servies. Ce sens critique permet alors de pouvoir faire la part des choses dans ce qui nous est proposé ou exposé, mais également d'être informé du contexte dans lequel nous évoluons.


Bien. Mais à quoi cela sert-il ?


D'une part, à être un citoyen plus éclairé, dans ses choix et dans ses votes. D'autre part, à s'affirmer en tant qu'individu : dans des négociations ou des débats, s'appuyer sur l'actualité et des faits permet toujours d'opposer des arguments palpables à son interlocuteur. D'une manière plus intime, nos choix personnels ou choix de carrière seront toujours plus réfléchis : est-ce judicieux de se diriger dans une filière en forte perte de vitesse ? Pourtant, il y a forcément un revers de la médaille. En l'occurrence, il s'agit en quelque sorte d'une "déformation professionnelle", puisque le monde qui nous entoure est vu à travers le prisme de cette actualité à laquelle on s'intéresse. Comme lorsque dans le métro, on pense à ce que va devenir la ligne 14 avec le Grand Paris, ou lorsqu'en week-end à la Rochelle, on se demande quelles sont les caractéristiques du marché des grues portuaires, ses acteurs, la concurrence, le modèle économique...


Il reste maintenant une question en suspens : comment ? Le premier contact avec l'actualité, ce sont les gros titres que l'on peut lire dans la rue. Evidemment, cette approche est assez limitée. Passons en revue les différents médias existants :

· Parmi les médias très largement utilisés, on peut compter la radio et la télévision - pour ma part, alors que j'écoutais régulièrement France Info en prépa, j'ai laissé de côté ces deux médias, qui ne donnent qu'un aperçu des gros titres sans permettre d'aller voir plus en détails les sujets qui nous intéressent ; sans parler des images purement décorative la plupart du temps à la télévision ;

· Ensuite, vient la presse papier, nationale ou régionale, ainsi que la presse électronique. En ce qui me concerne, je suis abonné aux newsletter LeMonde.fr et lesechos.fr, et je passe également régulièrement sur les sites mêmes. Je n'ai pas pris pour l'instant d'abonnement payant à ces deux sites, l'"actuphagie" m'étant venue assez récemment, je trouve largement de quoi faire avec ceux-ci ;

· Dans le métro, je lis aussi régulièrement Métro, Direct Matin ou 20 minutes, soit pour être au courant de l'actualité parisienne, soit pour repérer les titres que j'irai voir plus en détails sur internet dans la journée ;

· Mais l'actualité, ce n'est pas que la politique, la société, les faits divers ou l'économie, c'est aussi et surtout ce qui nous intéresse. Je passe donc régulièrement sur Allociné, et occasionnellement sur 2kmusic et jeuxvideo.com ;

· Et comme l'actualité peut tout autant prêter à (sou)rire qu'à réfléchir, je suis un inconditionnel du blog l'Actu en patates de Martin Vidberg.

J'espère avoir ici donné matière à découvrir un peu le monde qui nous entoure. Mais qu'en est-il de ceux qui ne seraient pas prêts à faire cet effort, ou n'y seraient pas sensibilisés ? Une infinité de solutions sont envisageables en école ou université, plus ou moins difficiles à mettre place. Je précise qu'il s'agit de vœux pieux et de pistes de réflexion, puisque je n'ai jamais eu le temps ni l'opportunité de mettre en œuvre ces propositions :

· On peut tout d'abord envisager une revue de presse présentée une à deux fois par semaine par un groupe d'élèves chaque fois différent, où chacun présente un sujet d'actualité qu'il a envie de partager. Une sorte de journal "live" ;

· Si l'établissement publie un journal, rien n'empêche d'y inclure une partie "actualités", il est même envisageable de créer un journal pour les établissements dotés d'une chaîne de télévision ou d'une station radio ;

· Un groupe d'élèves motivé par le sujet peut proposer à ceux qui sont intéressés de s'abonner à une newsletter d'actualité, qui paraîtrait une à deux fois par semaine, présentant un patchwork d'articles trouvés sur internet et les liens pour aller plus loin.

Le maître mot en la matière est "partage". L'avantage incontestable de l'information par les étudiants pour les étudiants est l'assurance de traiter de sujets qui intéressent la plupart des personnes visées, soit parce qu'ils concernent le domaine d'étude de l'établissement, soit parce qu'ils touchent directement aux centres d'intérêts des étudiants ou à leur localisation géographique.